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  • Damien

Fucking VISA - Syrie

Mis à jour : 26 mai 2019

Il est 9h50 et je viens de m’installer dans l’avion.

Je suis plutôt à l’aise avec de la place pour les jambes, un rafraichissement, un seul voisin de voyage… « Pimp my fly » en première. On peut pas trouver mieux pour attaquer ce voyage et commencer à le raconter.


#PREPARATIONDUVOYAGE

La préparation a été plutôt comique avec quelques rebondissements que je me suis gardé pour éviter toute inquiétude ou sueurs froides sans aucun intérêt.

Cela remonte à 2-3 mois, je reçois un message sur WhatsApp de Mahmoud de l’agence Mithra Travel à Damas. Il me dit que les demandes de VISA se sont re-ouvertes et qu’il peut m’en obtenir un.

Pour rappel, lors de mon voyage au Liban, je devais visiter Damas sur deux jours mais mon VISA lui avait été refusé. Je n’avais pas eu le temps de l’obtenir à l’ambassade syrienne de Paris ensuite.

Cette proposition tombait à point nommé après mon retour d’Egypte avec Marianne où nous avions passé un super voyage.

Je valide mon accord à Mahmoud qui réussi à m’obtenir le VISA en environ 2 semaines et m’organise le voyage que je vais essayer de vous faire vivre le mieux possible.


#REBONDISSEMENTS

Entre temps, j’ai été en contact avec une association Syria Charity qui organise tous les ans depuis plusieurs années des voyages à but humanitaires en Syrie. Je voulais avoir plus d’informations sur l’organisation de leurs voyages et des possibilités qui s’offraient à moi pour aller au plus près de la population locale. J’ai donc été mis en contact avec Rima, leur guide, qui m’a donné de précieuses indications et avec qui j’ai longuement échangé.

Sans compter la ténacité de Mahmoud, j’aurai aimé organiser ce voyage à moitié avec Mahmoud, culture et tourisme, et l’autre moitié avec Rima, rencontres et échanges.

IMPOSSIBLE! J’ai insisté, insisté, insisté…jusqu’au moment ou Mahmoud m’a menacé d’annuler mon VISA. Il l’a fait d’ailleurs je crois… Rima n’est pas guide et n’a pas la même possibilité pour organiser des tours en Syrie, mise à part pour des groupes. Apres d’âpres négociations et avoir mis de l’eau dans mon vin, j’ai validé à Mahmoud son programme à ses conditions. Je négocierai sur place ;-)

Le but est bien d’y aller et de voir ce pays dont on entend tant parler.


#LEITMOTIV

Je me sens un peu obligé d’expliquer pour quelle raison j’ai voulu aller en Syrie.

1 - De la curiosité…mais pas mal placée!

Je vais pas vous mentir mais ces pays m’attirent et j’aime le sentiment que procure la découverte d’endroits plus reculés ou hostiles que d’autres. Cette hostilité me stimule et me permet de sortir de ma zone de confort. La Syrie est un pays à l’actualité chaude depuis de nombreuses années et dans une zone que j’affectionne. C’est donc pas si étrange que j’en prenne le chemin. A priori doté d’un certain esprit de contradiction, j’ai pas envie que ces horribles personnes decident de où je peux, ou ne peux pas aller. C’est une forme de résistance ;-)

2 - Sans touristes: mais avec eux!

C’est sans doute une des clefs de mon gout pour les voyages. Aller ou peu de touristes vont pour se confronter à une population curieuse, ouverte et accueillante. La curiosité que ma venue entraine me permet d’aller au plus proche de la vie locale. C’est leur apporter ce respect pour qui ils sont et ce qu’ils vivent qui m’anime. Je me vois encore lancer de simples sourires à des passants en Afghanistan pour avoir la même chose en retour. « On reçoit ce que l’on donne. »

3 - Photographier

Depuis mon premier voyage au Costa Rica, je me suis vraiment découvert une passion pour la photo. Les photos de voyages et de portraits! Mention particulière pour les « petites frimousses » qui sont le meilleur moyen de revenir à la réalité en confronter mon quotidien et leur sourires dans leur contexte. Photographier, c’est raconter une histoire et découvrir autrement que par les médias ou les reportages.

« Ce n’est pas tout le monde qui comprendra ton chemin. De toute façon, tu es ici pour vivre ta vie, pas pour l’expliquer.

La première journée commence.

Je vais poser l’ordinateur car le repas arrive et le repas, c’est sacré. Surtout en première!

4h de vol. Arrivée à Beyrouth à 15h avant de traverser la frontière syrienne. Je reprends le récit ce soir en Syrie.


#PUTAINDEVISA

Mon chauffeur vient me chercher sans encombres à l’aéroport et nous prenons la route de Damas. Ses premiers mots sont « Pray Allah for Damas! ». En temps normal aucun soucis mais dans le contexte je ris jaune…

Le coté Libanais est une formalité. VISA de sortie du Liban: Done.

On roule ensuite sur 5/6 kilomètres sur une route quasiment vide avant d’arriver à un premier poste de douane syrienne. La sensation est étrange car la route est très encaissée au fond d’une vallée étroite. On ne croise pas de voitures, ou très peu. Cela ressemble un peu au no-mans land nord-coréen mais encaissé dans la vallée. Il fait nuit. Il n’y a pas d’éclairage.

Il s’agit juste d’un poste de contrôle mais pas véritablement la douane.Un petit billet et on repart illico.

Nous arrivons à la douane pour la demande de VISA. Les guichets sont alignés les uns à coté des autres. Dans notre dos, un bureau pour acheter le timbre du VISA (80$). Je vais donc faire la queue pendant que mon chauffeur part acheter le timbre.

Nous donnons le passeport avec le timbre au contrôleur (17h55) derrière la vitre. Il n’y a pas vraiment de queue, c’est chacun sa peau. On est pas vraiment habitués à ça chez nous.

Coupure de courant, on reste 2 minutes dans le noir.

Le contrôleur nous regarde et commence à me poser des questions sur ce que je fais. Quel est mon métier? Quel est le nom de la société? Adel me demande de lui donner deux billets pensant que ça allait permettre de faire accélérer… Je lui donne mais rien. Une syrienne qui vit en Angleterre traduit une de ses questions en demandant: « Do you work in a magazine? » et avec un peu de fatigue, je lui répond « Yes, i work in a shop, a magasin… ». Je vous demanderai toute l’indulgence possible ;-)

Pour info, les demandes de VISA Journaliste sont impossible à obtenir.

Je me pousse et je laisse le chauffeur discuter avec lui pour lui expliquer que c’est une simple erreur de traduction: JE NE SUIS PAS JOURNALISTE.

Je m’assoie en attendant. Deuxième coupure de courant mais plus courte que la précédente.

Ça comment à faire une heure qu’on attend, que le chauffeur fait des aller-retours et passe des coups de fils. Je vous cache pas que je commence à m’inquiéter un peu. Aucune envie de rentrer à Téhéran!

On se rend compte que le contrôleur se fou un peu de notre gueule, nous regarde pas et ne répond plus. J’ai l’impression qu’on a peut être un peu trop insisté et sans trop de tact. Je me dis que c’est leur fonctionnement ici.

Les contrôleurs fument derrière la vitre. La clope au bec, ils préparent et délivrent les VISA…sauf le mien.

Un ancien guide francophone s’aperçoit de ça et essaie de venir comprendre pour nous aider… Il se trouve qu’il comprends le quiproquos. Il existe un journal islamique qui se nomme phonétiquement comme « AXA » et qui est prohibé… La raison de son refus s’explique plus facilement. Ils essaient de lui expliquer mais en vain. On a braqué le petit-chef!

J’appelle Mahmoud de l’agence à Damas et il me dit d’être patient que dans tous les cas il va faire confirmer à son chef à Damas. On est vendredi et c’est jour férié! Je suis sceptique mais j’obéis et on attend encore.

Le guide me dit d’essayer d’aller voir son chef, dans un petit bureau au fond de la salle, pour lui dire que je ne comprends pas. On monte le scénario pour l’approcher et essayer de lui dire de parler avec le « guide ». Je me dirige vers son bureau. Il est au téléphone. J’attends. Il me voit attendre. Des qu’il raccroche, je le vois se lever et venir vers moi. Je lui dis « I can talk with you about my VISA », « Why? » et il se casse vers derrière la vitre et discute avec le contrôleur. Aucun signe, ni aucun retour de sa part. Je reste perplexe. J’ose même pas y retourner.

Nouvelle coupure de courant. Je prétexte d’avoir un peu froid pour aller chercher une veste à la voiture. J’en profite pour poser un des deux appareils photo que j’ai.

Macbook, disque dur, deux boitiers d’appareils photo et deux objectifs, je voudrais pas leur donner de quoi ne pas me le donner ce VISA.

Oui j’ai deux boitiers en voyage depuis que l’un deux m’a lâché au Liban au bout de 48h… Je préfère prendre des précautions maintenant.

En revenant, je vais voir le contrôleur calmement et je lui demande de m’expliquer. Un sourire en coin, il me dit 10 minutes et me fait le geste du timbre. J’attends. J’y retourne et il me tend un téléphone avec une femme au bout du fil qui me dit qu’il faut que j’aille à l’ambassade à Beyrouth et que je revienne… Je comprends plus rien et je demande à Mahmoud de l’agence de voyage de prendre le relais. Il le fait très bien.

Elle me rappelle 30 minutes plus tard et s’excuse en me disant c’est ok. Je la passe au *** de contrôleur qui monte dans les tours et finalement, on repart au point de départ:


NON. Apres quelques échanges avec l’agence, je me mets à rédiger un courrier comme quoi j’atteste que je ne suis pas journaliste et que je ne viens pas réaliser de travaux de journalisme. Quel sketch!



Nazem, le guide francophone qui nous a aidé, refuse un peu d’argent que le chauffeur, Adel, lui propose. Il lui fait une leçon en lui disant que c’est une insulte. C’est quelqu’un de très gentil et il nous a vraiment bien aidé à obtenir ce VISA.


Je lui propose de prendre un verre à Damas et il m’invite chez lui. Je lui dis que j’en serais ravi et que je le tiens informé demain car en plus il est pas loin de mon hôtel.


Les premières vues nocturnes de la ville sont positives et il me tarde maintenant demain.

Je me couche et vous dis à demain.

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© 2017 par Damien Catala

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