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  • Damien

Du Sud au Nord - Syrie

Mis à jour : 9 mai 2019

Départ 10h pour Alep. Nous avons 360 kilomètres à faire. 6h de route d’un trait.

Adel vient me chercher à l’hôtel. Il est typique et en plein centre de la médina de Damas.

Nous passons par les petites ruelles de la ville pour éviter de tomber dans les bouchons. Il connait comme sa poche la ville.

A la sortie du centre, Adel me fait savoir que ça fait 8 ans qu’il n’a pas pris cette route. 8 ans aussi qu’il n’est pas allé à Alep, Palmyre… On va donc découvrir la ville d’après guerre ensemble ;-)


#ANECDOTE

Il me demande de mettre mon passeport dans un espace de rangement sous le poste de radio. Je m’exécute et prends en même temps son permis. Il est en arabe. Je ne comprends rien. Je lui fais un signe de la tête et lui indique que c’est ok. Il peut conduire ;-)

Il rigole et me raconte une histoire.

« Il faut savoir que les militaires avant étaient recrutés mais peu d’entre eux savaient lire. Un jour, à la frontière libanaise, l’un d’entre eux l’arrête. Il prends ses papiers. Analyse le permis. Lui demande son nom, sa profession, sa destination et après un moment de silence, lui dit: « C’est vrai ça ou je dois appeler celui qui sait lire ? ».

Il rigole et moi aussi.


En partant, nous traversons la banlieue nord de Damas qui était aux mains des rebelles pendant plusieurs années. C’est un vaste champs de bâtiments plus dévastés les uns que les autres. Rien n’est debout et des gens errent entre les décombres. Je prends la mesure du désastre…

On avance et le paysage ne change pas. Des impacts de balles et de canons remplacent remplacent le crépit.

C’est une vision de chaos qui s’offre à nous sur plus de 10 kilomètres. Adel m’indique que cette zone forte des rebelles a été bombardée à plusieurs reprises sans pouvoir épargner les pauvres civils. Il ne sait pas me dire le nombre de morts. Je préfère pas savoir…



Nous continuons notre route. Les villages vides s’enchainent. Par moment, on aperçoit quelques maisons encore habitées. Il y en a si peu. Adel découvre avec moi. Il pense -au début - que ce sont les villages de bédouins qui sont l’hiver dans le désert et l’été dans ces montagnes. Il change d’avis au bout d’une bonne centaine de kilomètres et se résous à notre première hypothèse. Ils ont tous fuis!


#GRANDELECONDHISTOIRE#ETDECULTURE

Durant tout le trajet, j’ai la chance de recevoir un cour magistral d’histoire du moyen-orient.

Du néolithique à l’époque actuelle, nous avons pu parler de tout. Je l’ai surtout beaucoup écouté.

C’était passionnant et inquiétant. Quel manque de culture historique et/ou géopolitique!

Je pourrais écrire un livre entier sur l’ensemble des sujets abordés. J’avais commencé à noter quelques informations mais j’ai rapidement du me résoudre à arrêter…


#ALPHABETCUNEIFORME

Adel m’explique que c’est en Egypte qu’est apparu le premier alphabet. Celui que l’on appelle cunéiforme (en forme de clou) et qui était réalisé grave aux roseaux. L’alphabet a été développé pour le commerce et ainsi noter sur les jarreS ou autres réceptacles la quantité de marchandises. Cet alphabet a vu le jour dans la ville d’Ougarit en Syrie (Nord).

Dans un second temps, l’alphabet phénicien (alphabet linéaire) est arrivé. Nos alphabets en sont les fruits.


#TRANSPORTDEMARCHANDISES

Il m’explique comment les marchands contrôlaient le transport de leurs marchandises pour éviter les vols. Une grande partie des marchandises étaient transportées dans des jarres. Ils mettaient ainsi une boule d’argile fermée dans l’orifice de la jarre. A l’intérieur, un exemplaire de la marchandises et autant de cailloux que le nombre mis initialement dans la jarre. A l’arrivée, il suffisait de casser la boule d’argile et de contrôler la quantité dans la jarre.

#DECLINDELAREGION

La région était à l’époque parmi les plus riches. Le commerce occupait une place majeure entre l’Occident et l’Asie. On peut compter trois raisons majeures du déclin. La prise de Constantinople par les Ottomans qui à couper la route passant par la Turquie. Dans la foulée, les espagnols et portugais découvraient les Amériques et ainsi un nouveau territoire de richesses. Pour finir, le passage par le Cap pour les navires marchands allants vers l’Asie a dérouté une partie du passage commercial.


#LESCOUPSDETATENSYRIE

Durant de nombreuses années, l’état et l’armée étaient séparés. Ce fut en partie la raison d’un grand nombre de coups d’états. 10 dont 3 en 1949. Cette séparation Etat-Armée et la succession de putsch sont une des raisons majeure de la fragilité actuelle du pays.


#CHIITESvsSUNNITES

Il s’agit des deux branches principales de l’Islam. Les querelles sont autour du descendant légitime qui doit être soit le descendant de sang (chiites), soit le frère de culte (sunnites) du prophètes. De ces deux branches découlent de nombreuses sous branches qui complexifient encore plus les relations entre musulmans. A savoir qu’en Syrie, les Chiites représentent une minorité (environ 20%) contre 80% de Sunnites. Bachar Al Assad est quant à lui Chiite.


#FEVRIER82

Une nuit de février 1982 fut une des nuits les plus marquantes et meurtrières de Syrie - avant les événements - avec un appel général dans un petit village près de Hamas (entre Homs et Alep) à tuer tous les Allaouites. C’est une blessure qui reste encore dans les mémoires de tous.


#EDUCATION

L’école est obligatoire jusqu’à 15 ans en Syrie. Le taux de scolarisation était de 92% avant les événements de 2011. Aujourd’hui, il est difficile de dire ce qu’il en est compte tenu du chaos actuel.


La route Damas - Alep est relativement droite. Sud - Nord en traversant Homs et Hamas. Mauvaise nouvelle, nous devons faire un assez gros détour à Homs pour contourner une zone encore occupée allant de Hamas (nord de Homs) jusqu’à Alep. La route est désertique. Il a jamais autant plu que dernièrement. Je suis surpris de voir des paysages relativement verts. Un vent fort souffle. Adel est obligé de s’arrêter pour pouvoir téléphoner.


En arrivant par le Nord-Est d’Alep, nous passons le poste frontière. Un militaire mange une barbe à papa rose fluo. C’est un détail qui me semblait nécessaire.

Nous entrons dans la ville. Adel est très concentré. Il n’est pas venu depuis 8 ans à Alep. Iil sait pas quelle route prendre pour rejoindre l’hôtel. Nous nous engouffrons dans les rues animées de la ville.


On s’arrête pour demander notre route. L’hôtel est à moins de 100m. Efficace!


On récupère nos chambres et on se donne rendez-vous une heure plus tard pour aller se balader.


La ville fourmille. On ne voit pas grand chose de nuit mis à part ces commerces allumés. Les gens semblent vivre normalement dans cette ville terrassée par les terroristes. J’appréhende demain.



Nous nous arrêtons prendre une petite pizza et retournons à l’hôtel. Nous avons beaucoup roulé…et parlé.


Demain, nous allons découvrir…et redécouvrir Alep.

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© 2017 par Damien Catala

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